Combien peut-on envoyer d’argent à un détenu en France ? Règles, plafonds et démarches (2026)

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Guide pratique • Droit pénitentiaire • Mis à jour avril 2026

Combien peut-on envoyer d’argent à un détenu en France ? Règles, plafonds et démarches (2026)

Quand un proche se retrouve incarcéré, les questions pratiques s’accumulent très vite. Parmi les plus fréquentes : est-ce qu’on peut lui envoyer de l’argent ? Et si oui, combien, comment, et selon quelles règles ? Ce que beaucoup de familles ne savent pas, c’est que la procédure a évolué ces dernières années — et que certains réflexes encore très répandus (comme le mandat cash) ne fonctionnent tout simplement plus.

Voici tout ce qu’il faut savoir en 2026, sans jargon inutile.

L’argent en prison, ça fonctionne comment ?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, un détenu ne reçoit pas des billets qu’il range dans sa cellule. Aucun détenu n’a droit à un compte bancaire classique. En revanche, chaque personne incarcérée dispose d’un compte nominatif, géré en interne par la régie des comptes de l’établissement. C’est sur ce compte que transitent toutes les sommes reçues de l’extérieur — et c’est de là que partent toutes les dépenses autorisées.

Ce compte nominatif est divisé en trois parts distinctes :

  • La part disponible : ce que le détenu peut dépenser librement (cantine, téléphone, hygiène…)
  • La part réservée à l’indemnisation des parties civiles et des créanciers d’aliments (bloquée)
  • Le pécule de libération : une épargne obligatoire remise à la sortie pour faciliter la réinsertion

Cette structure peut paraître technique, mais elle a des conséquences très concrètes sur ce que votre proche percevra réellement — on y revient plus bas.

Qui peut envoyer de l’argent à un détenu ?

Première chose à savoir : tout le monde ne peut pas envoyer de l’argent librement. Selon l’article R332-3 du Code pénitentiaire, les personnes détenues peuvent recevoir des subsides des titulaires d’un permis permanent de visite ou de personnes autorisées par le chef d’établissement.

Combien peut-on envoyer d'argent à un détenu en France ? Règles, plafonds et démarches (2026)

En pratique, si vous êtes un proche et que vous avez déjà obtenu un permis de visite, vous êtes en principe autorisé à effectuer des virements. Pour les personnes sans permis de visite ni lien familial direct avec le détenu, le plafond mensuel est limité à 100 euros, sauf motif exceptionnel.

Si vous ne disposez pas d’un permis de visite et souhaitez quand même soutenir financièrement votre proche, vous pouvez vous rapprocher de l’établissement pénitentiaire pour demander une autorisation spécifique et obtenir le RIB de la régie des comptes nominatifs.

Combien peut-on envoyer par mois ? Les plafonds à connaître

C’est la question centrale. Et la réponse n’est pas aussi simple qu’un chiffre unique, parce que plusieurs facteurs entrent en jeu : le statut du détenu, le règlement intérieur de l’établissement, et même la période de l’année.

Le seuil de référence : 200 euros

Les 200 premiers euros reçus par mois constituent la Provision Alimentaire Mensuelle (PAM) : ils sont intégralement versés sur la part disponible du compte nominatif et ne font l’objet d’aucun prélèvement. C’est l’argent que le détenu peut utiliser librement.

Au-delà de 200 euros, les prélèvements s’appliquent

Si vous envoyez plus, une partie ne reviendra pas directement à votre proche. Selon le Code pénitentiaire (art. D332-10), les taux de prélèvement au profit des parties civiles sont les suivants :

Barème des Quotités de Saisie / Prêt
Entre 200 € et 400 € 20 %
Entre 400 € et 600 € 25 %
Au-delà de 600 € 30 %

À cela s’ajoute un prélèvement de 10 % sur les sommes dépassant la PAM, destiné à alimenter le pécule de libération.

En clair : si vous envoyez 400 euros en un mois, votre proche ne pourra disposer librement que d’environ 220 à 240 euros — le reste ira vers les victimes et l’épargne de sortie.

Récapitulatif des montants disponibles

Simulation de la Part Disponible

Estimation des prélèvements par tranches de revenus

Montant Envoyé Part Disponible Approx.
Jusqu’à 200 € 200 €
Aucun prélèvement appliqué
400 € ~ 220 €
20% sur tranche 200-400 € + 10% pécule
600 € ~ 265 €
Application des tranches 20% et 25%
Plus de 600 € Part dégressive
Prélèvement à 30% au-delà du seuil

L’exception de décembre

Pendant les fêtes de fin d’année, la PAM est doublée. Le mois de décembre permet aux personnes incarcérées de cumuler jusqu’à 400 euros sans prélèvements sur leur compte nominatif. Un détail utile à connaître si vous souhaitez envoyer davantage à cette période.

Les plafonds varient aussi selon les prisons

La politique peut diverger d’un établissement à l’autre. À la maison d’arrêt de Bordeaux, par exemple, les prévenus ne peuvent pas recevoir plus de 150 euros par mois. Dans d’autres établissements, aucun plafond spécifique n’est fixé pour les prévenus.

La règle d’or : renseignez-vous directement auprès du greffe de l’établissement avant d’effectuer un virement.

Comment envoyer l’argent concrètement ?

Le virement bancaire : la seule méthode officielle

Depuis 2019, le virement bancaire est le seul moyen légal d’envoyer de l’argent à un détenu en France. Le mandat cash, autrefois méthode classique, a été supprimé le 1er janvier 2018 pour lutter contre le blanchiment d’argent. Le mandat de justice qui l’avait remplacé transitoirement a lui aussi été supprimé fin 2018. Si quelqu’un vous propose encore de passer par ces voies : cela ne fonctionnera pas.

Option 1 — Le virement classique depuis votre banque

Pour envoyer de l’argent par virement bancaire traditionnel, voici les étapes à suivre :

  • Obtenir le RIB de la régie des comptes nominatifs de l’établissement (auprès du greffe ou sur le site de la prison)
  • Créer un bénéficiaire au nom de « Régie des comptes nominatifs » avec l’IBAN communiqué
  • Dans le champ motif du virement, indiquer impérativement le nom, prénom et numéro d’écrou du détenu

Le numéro d’écrou est l’information la plus critique : son omission est la cause la plus fréquente de rejet. En cas de transfert du détenu vers un autre établissement, ce numéro change — pensez à vérifier.

Option 2 — Le portail officiel penitentiaire.justice.fr

C’est la méthode la plus pratique si vous disposez d’un permis de visite. Depuis le portail penitentiaire.justice.fr, les titulaires d’un permis peuvent effectuer un virement directement en s’identifiant via FranceConnect — c’est le même site que celui permettant de réserver un créneau parloir.

La démarche est simple : connectez-vous avec FranceConnect, rendez-vous dans la section « Faire un virement », cliquez sur « Alimenter le pécule », saisissez le montant, puis validez via votre application bancaire. Vous pouvez également consulter l’historique de vos virements des six derniers mois directement sur la plateforme.

Option 3 — Les cartes de paiement rechargeables

Si vous n’avez pas de compte bancaire classique, certaines cartes de paiement rechargeables (comme la carte PCS) permettent d’effectuer des virements bancaires sans conditions d’ouverture. Une option utile pour les proches qui n’ont pas accès aux services bancaires standards.

Ce qui peut bloquer votre virement

Quelques situations peuvent entraîner un rejet ou un retard :

  • Numéro d’écrou absent ou erroné dans le libellé
  • Nom et prénom ne correspondant pas exactement au dossier de l’établissement
  • Plafond mensuel de l’établissement déjà atteint
  • Sanction disciplinaire en cours contre le détenu

Depuis le 10 novembre 2025, dans certains établissements, une autorisation préalable est également exigée : pour les prévenus, elle doit être accordée par le magistrat ; pour les condamnés, par la direction de l’établissement. En l’absence d’autorisation, le virement est automatiquement rejeté et le détenu reçoit un formulaire de demande par courrier interne.

Les délais à anticiper

Il faut compter entre 4 et 5 jours ouvrés entre le virement et son crédit effectif sur le compte nominatif du détenu. Dès que la somme est créditée, le détenu reçoit un relevé d’opération par courrier interne, et un relevé mensuel complet en fin de mois. Prévoyez ce délai si votre proche a besoin de l’argent pour une date précise (passage en cantine, rendez-vous médical, etc.).

Une règle simple à retenir

Pour résumer sans se perdre dans les détails : les 200 premiers euros envoyés par mois arrivent intégralement à votre proche, sans aucune retenue. Au-delà, une partie est automatiquement prélevée pour indemniser les victimes et constituer le pécule de libération.

Si votre objectif est de soutenir le quotidien de votre proche, vous n’avez pas nécessairement besoin d’envoyer davantage — ces 200 euros correspondent au montant qui lui sera le plus utile directement.

Si vous avez des doutes sur le montant autorisé dans son établissement ou sur la procédure à suivre, la meilleure démarche reste toujours d’appeler directement le greffe de la prison. Ce sont eux qui détiennent les informations à jour — et en matière pénitentiaire, les règles peuvent varier d’un établissement à l’autre, parfois significativement.

Sources officielles

Code pénitentiaire (art. R332-3, D332-9 à D332-32) — Légifrance • Portail penitentiaire.justice.fr — Ministère de la Justice • FARAPEJ (Fédération des associations Réflexion-Action Prison et Justice) • Association Prison Justice 44 • Association Olivier Giran

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